Jumelage du MJS Vendée avec la Juventud Socialista

Le 13 août 2004, à la suite de plusieurs échanges, le MJS Vendée, représenté par Julie Fradin (Animatrice Fédérale) et Jean-Jacques Grousseau (Membre du Collectif Fédéral ayant préparé ce jumelage au Chili) et la Jeunesse Socialiste de la région de Santiago, représentée par Susanna Fuentès (responsable de la Region Metropolitana) ont signé une Convention de Jumelage au Siège du Partido Socialista, à Santiago. Cette convention de jumelage a pour but de rappeler notre attachement à des valeurs communes ainsi que les liens culturels qui existent d’ores et déjà entre nos deux pays. Ce jumelage, pionnier pour la jeunesse socialiste chilienne, est une grande fierté pour nos deux organisations, qui souhaitent par ce biais promouvoir l’amitié entre nos peuples ainsi que l’ouverture culturelle et politique de nos jeunesses respectives sur le monde. Nous songeons d’ores et déjà à travailler ensemble sur le jugement de l’ancien dictateur Augusto Pinochet afin de rappeler tout d’abord notre attachement au respect des Droits de l’Homme à travers le monde, mais aussi afin de promouvoir la démocratie. Enfin ce jumelage nous permettra d’échanger nos expériences politiques par le biais d’articles paraissant dans nos journaux respectifs.
"Conscientes des liens amicaux qui unissent d’ores et déjà les socialistes chiliens et français, par le biais de l’histoire tout d’abord et de figures emblématiques telles que Salvador Allende, symbole du socialisme International pour les français, par celui de la collaboration entre l’Union Européenne et le Chili, ainsi que par la culture et l’influence des intellectuels français au Chili. A l’heure de la mondialisation nous désirons par ce jumelage ouvrir les jeunesses chiliennes et françaises à d’autres horizons afin d’améliorer la connaissance et ainsi la compréhension de nos camarades mais aussi de nos concitoyens ; en outre ce jumelage nous permettra d’exploiter nos expériences politiques respectives. Etc"
11 Septembre 1973 : Le rêve brisé de Salvador Allende
Dans l’histoire de la gauche, c’est une des dates les plus sombres du XXème siècle : le 11 Septembre 1973 le putsch du Général Augusto Pinochet, aidé par les dirigeants des Etats-Unis et la bourgeoisie chilienne, met fin au rêve de Salvador Allende et de l’Unité Populaire d’une transition pacifique vers un socialisme démocratique. Salvador Allende s’est construit sur des luttes quotidiennes : il désirait établir une politique populaire et démocratique. L’homme politique était un révolutionnaire atypique, il avait foi en les urnes, persuadé que la démocratie pourrait le porter au pouvoir avec l’Unité Populaire. Ministre de la santé de Pedro Aguirre Cerda (coalition de centre gauche des années 1940) il découvre que les tensions entre les deux partis populaires chiliens (Parti Socialiste et Parti Communiste) nuisent à la mise en place de réformes et laissent place au Parti Radical.
En 1952 le Parti Socialiste chilien rejoint le mouvement révolutionnaire latino-américain incarné par l’argentin Juan Domingo Peron ; Allende refuse sa dérive populiste et se retire du Parti Socialiste pour fonder le Front de la Patrie avec les communistes. En 1952 il se présente pour la première fois aux élections présidentielles et devient ainsi le leader de l’unité des partisans de la conquête électorale du pouvoir par une coalition révolutionnaire. Allende se maintiendra ensuite à l’écart de la radicalisation de nombreux socialistes suite aux présidentielles de 1964 : même si il soutient Cuba, il reste convaincu que le Chili est un pays profondément ancré dans une tradition démocratique et par conséquent qu’il lui sera possible d’organiser une transition institutionnelle vers le socialisme.
Le 4 septembre 1970 Salvador Allende est élu Président du Chili avec 36% des suffrages, candidat d’une gauche unie (socialistes, communistes, radicaux et chrétiens de gauche) face à une droite divisée. Ce soir là des milliers de chiliens remontèrent l’Alameda (avenue centrale de Santiago) dans une extrême ferveur : " On chantait l’hymne chilien, on applaudissait, on exultait, et, dans l’allégresse du moment, surgissait la trivialité classique du Chili des gens heureux : " Viva Chile, mierda ! " " relate Pierre Kalfon, journaliste. Pour la première fois un socialiste atteignait par les urnes la tête d’un pays latino-américain. Au cours de sa brève présidence Allende mit en œuvre le programme de l’Unité Populaire, notamment des mesures sociales telles que l’augmentation des salaires, la nationalisation des mines de cuivre et des principales entreprises chiliennes et le début d’une réforme agraire.
Il ne fera néanmoins jamais l’unanimité jugé tantôt trop modéré, tantôt trop radical. La montée de l’inflation permet aux Etats-Unis de faire naître des réactions de rejet au sein de la classe moyenne chilienne contre le pouvoir en place ; les agents de la CIA font pression sur la droite chilienne au Parlement. D’autre part, le gouvernement d’Allende doit faire face à de nombreuses grèves (notamment celle des camionneurs) provoquées par l’extrême gauche révolutionnaire (le MIR). Le pays connaît une forte inflation et un effondrement de la production agricole : l’ensemble du pays exprime son mécontentement dans la rue. Allende prépare alors un référendum sur sa politique. C’est alors que le général Augusto Pinochet, chef des armées, aidé par les Etats-Unis (notamment par Kissinger, Secrétaire d’Etat de Nixon, impliqué dans l’élaboration du plan " Condor "), décide de mettre un terme à l’expérience socialiste : le matin du 11 septembre 1973 l’armée neutralise le port de Valparaiso et rejoint vite Santiago. Vers midi le Palais présidentiel de la Moneda est bombardé : Allende fait évacuer ses collaborateurs et se suicide, après avoir prononcé un discours à l’intention du peuple chilien retransmis à la radio.
Pinochet établira ensuite un régime autoritaire qui prit fin en 1989. Il est inculpé pour crimes contre l’humanité puisque près de 4000 personnes environ ont disparu sous cette période, et on a recensé plus de 30000 cas de tortures. Il ne reste que peu de traces des camps bâtis par le régime ; on peut cependant visiter la Villa Grimaldi à Santiago, lieu de torture au début de l’ère Pinochet, sur un mur duquel on peut lire " El olvido esta lleno de memoria " (Mario Benedetti - " L’oubli est plein de mémoire ").
On peut enfin signaler que le Chili a aujourd’hui du mal à évoquer ce passé trouble : Pinochet n’est toujours pas jugé, aucune enquête sérieuse n’a pour l’instant été publiée. " Un pays sans documentaire, c’est comme une famille sans photo. Une mémoire vide. " Ce constat de Patricio Guzman, réalisateur du film Salvador Allende et ancien camarade de Salvador Allende, l’a poussé à réaliser un documentaire sur l’épopée du Président Socialiste : ce n’est qu’en découvrant la vérité de ces années de dictature que le Chili pourra à nouveau se forger une identité.








